Les pierres, l’artiste, l’ingénieur, le yakusa et un génocide

En feuilletant mon guide à la recherche d’une excuse pour ne pas faire la randonnée du mont Hallasan, un parc attire mon attention. Jeju Stone Park. Sur une île volcanique l’idée semble saugrenue de dédier un parc à l’exposition de cailloux volcaniques, il suffit de regarder autour de soi pour en voir. Les commentaires sur TripAdvisor finissent par me convaincre, c’est une visite intéressante.

Un peu plus enfoncé dans les terres, le parc est facilement accessible en bus. Pourtant cela ne m’empêche pas de descendre un arrêt trop tôt et de devoir finir le chemin à pieds, sous un soleil de plomb le long d’une route de campagne que les camions dévorent à folle vitesse.

A mon arrivée, le parking est presque vide, je ne croiserais pas plus de dix personnes de toute la visite. Le chemin qui mène au bâtiment principal gardé par d’immenses pierres dressées et qui sillonne au travers d’un bois ne prépare pas au choc. Le musée presque entièrement enfoui se dissimule sous un immense disque d’eau qui reflète les volcans alentours et sur lequel des spectacles de danse sont parfois donnés. Dans le musée, hormis une salle pédagogique sur la géologie et les volcans, on trouve plusieurs salles dans lesquelles sont exposées des pierres. Une fois exposées, éclairées, mises en situation elles se transforment en sculpture.

La seconde partie du parc présente le rôle que la pierre jouait dans la vie des habitants de l’île et les mythes qui l’entoure. Pour faire court: pareil que partout ailleurs !

Un dernier bâtiment, grand espace d’exposition, contraste avec le précédent par son côté imposant. Seul dans le parc, coincé entre les deux ailes de béton massif, je me sens si petit. A l’intérieur, seul un sous-sol est aménagé. On y expose des branches d’arbre. L’effet produit est le même que pour les pierres.

Avant de quitter l’île, je décide de visiter le parc de la paix du 3 avril. L’histoire qui y est relatée est effroyable, on y découvre un génocide méconnu de la guerre froide dans une muséologie qui intègre animations abstraites pour appuyer l’aspect dramatique des faits. (je recommande de chercher sur Wikipedia l’histoire de Jeju après la seconde guerre mondiale)

Bien que le parc du 3 avril ne soit pas loin à vol d’oiseau, il est virtuellement inaccessible en bus depuis le parc des pierres. D’ailleurs, aucun bus ne passera par cette route avant une bonne heure, et il faudra encore avoir la chance de croiser rapidement un autre bus qui rejoindra le mémorial.

Au loin un monsieur aux cheveux blancs me fait de grands signes, mime la conduite d’une voiture, monte dans son 4×4 et s’arrête à ma hauteur. Je lui indique que je souhaite rejoindre la route principale, il me fait signe de monter, me donne une carte de visite et me dit dans un anglais rudimentaire « drive you, first come with me, my book« . Lorsqu’il quitte la route pour prendre un chemin, s’arrête devant un baraquement et m’invite à le suivre, je commence à m’interroger sur la raison qui m’a conduit à le suivre. Dans la cabane de chantier, il tire une chaise, « seat« , sort une fiole du frigo, « drink » et « Korean potion« , sort son téléphone. Alors qu’il me semble qu’il hurle dans son téléphone derrière moi, il fouille dans ses affaires. Pas vraiment à mon aise, pieds nus (on retire toujours ses chaussures, même dans une cabane de chantier), j’essaie d’initier la conversation avec des rudiments de coréens et l’aide de Google translate.

Paek est le fondateur du parc et le dirige, il me sort journaux, livres, photos, catalogues d’exposition. Tant bien que mal nous parvenons à discuter. Je lui dit combien le parc et son architecture m’ont plu, quelles pierres et branches m’ont marquées. Il me parle de ses amis artistes français et me demande de les contacter à mon retour en France. Je repars les bras chargés de ses livres. L’ingénieur qui travaille pour lui me conduira où je souhaite.

La communication est plus aisée avec lui, on partage un café avant de prendre la route. Originaire de Jeju il a quitté Seoul pour revenir s’installer ici, il me parle de ses voyages, me demande mon point de vue sur les coréens.

Ces rencontres de voyages surpassent toutes les visites que je pourrais faire.

En repartant du parc du 3 avril, je fais face au même problème de transport: le prochain bus passe dans 90 minutes, je dois être à l’aéroport dans 2 heures au plus tard. Même en marchant vite pour rejoindre la route principale à 5 ou 6 kilomètres, je ne suis pas certain de pouvoir y arriver. La route est encore moins fréquentée que la précédente, pourtant une voiture s’arrête. L’homme plutôt jeune, dans une grosse voiture, assez bad boy, le bras droit intégralement tatoué, a des airs de yakusa. Il ne parle pas un mot d’anglais, je monte malgré tout. Il me parle en coréen pendant le trajet, ne paraît pas commode mais semble comprendre où me déposer. J’arriverai au final dans les temps à l’aéroport, non sans avoir bataillé avec un couple de chinois pour un taxi.

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