#RomaExpress: the dancing queen

Même le plus résistant des coeurs de pierre fini toujours par succomber au tragique de la Traviata. Les déboires de la cave à peine passés, me voici en route pour l’église dans laquelle cet opéra, auquel mon héros m’avait invité, était représenté. Par le hasard le plus fortuit, Rouge Cerise et un parfait inconnu qu’il me présenta comme « son cuisinier » s’y trouvaient également, semble-t-il par l’entremise du pape en personne. Jugeant la situation suffisament compliquée pour ne pas pouvoir m’en occuper seul, je décidai de mettre de côté mes craintes sur mon contact et l’abordait avec mon sourire le plus charmeur. Ce que je lui appris au sujet du comptable fit l’effet d’une bombe. J’ignore si ces révélations, ou l’émotion du tragique de la séparation de Violetta et d’Alfonso dans l’acte 2, sont à l’origine de leur départ précipité en cours de représentation. Jean-Baptiste et moi, goutant suffisament le sublime de cet opéra, restâmes jusqu’à la terrible mort de Violetta.

Les coeurs encore vibrant du dernier solo, nous errâmes dans les rues de Rome. La nuit fut d’autant plus riche, que nous savions que le lendemain à midi tout pouvait changer. Le professionalisme que vous me connaissez m’empêche de vous narrer ici plus en avant la richesse de ces moments partagés.

C’est ainsi que les douze coups de midi se mirent à sonner au loin depuis la basilique Saint Pierre. Diantre ! Absorbés par la nuit romaine, Jean-Baptiste et moi étions sur le point de rater le rendez-vous fatidique de la place de Trevi. Alors que le dernier coup de cloche résonnait encore, nous chevauchions déjà notre Vespa, manette des gaz à fond, vers le lieu du drame.

C’est un véritable carnage qui nous y accueillait. La fontaine rougie du sang de multiples dépouilles, scène de guerilla urbaine, touristes courant de droite et de gauche, tongues volants de çi de là… Au milieu de ce théâtre sordide: Incipio un sabre à la main, Lorane et Clément kippas vissées sur la tête, uzis au poing affrontant une horde d’Ouzbèques, Rouge Cerise et son cuisinier rainbow-flag au vent, rouleau à patisserie virevoltant ! (allez comprendre !).

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, je saisi de ma poche intérieure la compile « Best of Disco 70’s » dont je ne me sépare jamais (je savais bien qu’un jour ce serait utile), l’introduit dans le lecteur CD de la vespa, volume à fond, piste 2: Dancing Queen d’Abba. La combinaison judicieuse, reconnaissez le, d’Abba et du Rainbow Flag donnait à la place un air de Gay Pride: rien de tel pour faire débarquer les forces de l’ordre vaticanes et faire fuire par la même occasion les Ouzbèques (l’ouzbèque a, par nature, peur de la soutane). Incipio désabusé, tomba à la renverse dans la fontaine. Je crains que ça n’ait été l’évènement de trop qui fit basculer son esprit dans la démence incurable que vous connaissez, vous m’excuserez d’ailleurs auprès de sa famille et surtout son fils Paul qu’il évoque beaucoup dans ses délires.

Les policiers en soutanes ne restèrent guère à la vue du cuisinier de Rouge Cerise, cet homme semblait être dans les meilleures grâces de sa sainteté. La place retrouva donc vite un air de fête, et la foule en délire me porta en triomphe reprenant en choeur les paroles que l’autoradio de la Vespa hurlait: Born To Be Alive de Patrick Hernandez. Les corps flottant parmi les sculptures de la fontaine semblaient même joyeux.

Yes, we were born, born, born. Born to be alive.
It’s good to be alive, to be alive, to be alive.
It’s good to be alive !

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